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Discours des voeux de Monsieur Raymond Le Deun, préfet du Val-de-Marne

 
 
Discours des voeux de Monsieur Raymond Le Deun, préfet du Val-de-Marne

Seul le prononcé fait foi

Mesdames et Messieurs les Député(e)s

Mesdames les Sénatrices, Messieurs les Sénateurs,

Monsieur le Président (du Conseil départemental),

Messieurs les Présidents (des EPT),

Mesdames et Messieurs les maires,

Monsieur le Préfet de Région, cher Michel,

Mesdames et Messieurs,

C'est un grand plaisir pour moi de pouvoir vous accueillir ce soir dans la salle des fêtes de la préfecture du Val de Marne pour cette traditionnelle cérémonie des vœux.

Malheureusement, cette année 2020 qui s'ouvre à peine a débuté pour notre département sous le signe du deuil et je ne peux ouvrir cette cérémonie sans avoir une pensée pour les victimes de l'attaque de l'Haÿ les Roses et Villejuif, pour les deux blessées Aurore Koummbah et Karine Guillem, et, bien sûr, pour Janusz Michalski décédé suite aux blessures reçues en tentant de défendre sa compagne.

Dans ces moments terribles, mes pensées vont à eux et à leurs proches et je sais pouvoir formuler en notre nom à tous des vœux les plus sincères pour les accompagner dans cette terrible épreuve.

Je voudrais également saisir cette occasion pour saluer le travail effectué par l'ensemble des services de secours et de sécurité qui sont intervenus lors de ce tragique événement :

  • saluer tout d'abord le sang froid, la maîtrise et le professionnalisme dont ont fait preuve les fonctionnaires de police intervenus sur les lieux qui ont stoppé alors qu'il semblait résolu à la poursuivre l'errance macabre du suspect. Fonctionnaires de la BAC et du commissariat du Kremlin Bicêtre, ils ont fait preuve d'une réactivité remarquable comme l'a souligné M. le Ministre de l'Intérieur venu les saluer samedi matin ;
  • je veux également rendre hommage aux acteurs de la chaîne de secours qui ont permis la prise en charge des victimes et des témoins, les ont soignés et accompagnés. Je pense, bien sûr aux militaires de la BSPP, Colonel, et, Docteur, aux médecins et soignants du SAMU Service d'aide médicale urgente mais également aux volontaires des associations de sécurité civile qui se sont immédiatement rendus sur place ;
  • je voudrais, enfin, profiter de la présence parmi nous des Maires de Villejuif et l'Haÿ les Roses pour les remercier du concours apporté par leurs agents et leurs services au cours de ce difficile après-midi.

Les circonstances précises de ce drame, le passé, les motivations et le parcours de l'agresseur doivent être éclaircies et je sais que la chaîne judiciaire sous la direction du parquet national anti-terroriste s'y emploie depuis maintenant une semaine. S'il est trop tôt pour tirer des conclusions définitives, cette attaque vient nous rappeler, s'il en était encore besoin, notre fragilité et la nécessaire vigilance qui doit aujourd'hui être la nôtre face à une idéologie dangereuse et mortifère.

Ce crime odieux s'inscrit dans un contexte déjà rendu lourd pour l'ensemble de notre pays. Dans une société qui doute et qui doit faire face aux assauts combinés des fureurs identitaires, des incertitudes géopolotiques, des ivresses populistes et des angoisses environnementales, notre République est peut être aujourd'hui confrontée aux questions les plus lourdes auxquelles elle ait eu à faire face en temps de paix.

Dans ce contexte si particulier, dans une société dont la fragilité l'expose à toutes les tentations extrémistes, c'est à chacun, autorités publiques, élus locaux, acteurs économiques et sociaux qu'il revient d'inventer, chacun à sa modeste échelle, d'inventer les solutions qui nous permette collectivement de répondre aux angoisses de nos concitoyens et aux défis auxquels fait face notre société.

La première de ces réponses, est quasi morale, politique au sens premier du terme. C'est une forme d'intransigeance face aux multiples remises en cause dont fait aujourd'hui l'objet notre modèle républicain. L'histoire nous montre qu'il y a autant à craindre des petits renoncements que des grandes défaites, des multiples accommodements, des compromis discrets que des grandes compromissions. Nous devons collectivement être d'une vigilance de chaque instant et toujours garder au cœur de notre action une forme de boussole républicaine qui nous rappelle, y compris quand c'est inconfortable, y compris quand c'est plus difficile, y compris quand c'est plus compliqué que nous ne devons jamais transiger avec les valeurs qui fondent notre pacte républicain et qu'il ne faut, en somme, jamais se résigner à l'évolution des choses.

Dans une société toujours menacée du spectre de la division, nous devons collectivement être particulièrement vigilants à défendre les valeurs qui permettent d’assurer sa cohésion et notamment refuser, toujours, la tentation de l’isolement, de la rupture et du repli quand certains voudraient réduire notre société à l’affrontement des communautés. Nous pouvons, je le crois, sur ce point nous appuyer sur une tradition solidement ancrée dans notre territoire, sur sa capacité démontrée à faire vivre le dialogue entre les communautés dans un esprit de dialogue et de compréhension mutuelle. Cette tradition si ancrée du vivre ensemble val de marnais est, je le pense sincèrement, une force pour permettre à notre territoire d’affronter le monde d’aujourd’hui, charge à nous de continuer à la faire vivre.

Défendre des valeurs, c'est la condition sine qua none à la préservation de notre modèle démocratique. Mais une République vivante ne peut être une république de l'incantation ou des slogans. Au-delà de ces valeurs, ce qui est aujourd'hui remis en cause, c'est la capacité de notre modèle à faire face aux enjeux de notre temps, à apporter des réponses concrètes à la mesure des transformations auxquelles font face notre pays et notre territoire qui causent autant de préoccupations et d’angoisses chez nos concitoyens qu'elles ne créent d'opportunité et de perspectives.

Premier enjeu, celui de la transition écologique qui n'est plus un choix mais une nécessité inéluctable. Je ne reviendrai pas sur les enseignements que nous pouvons collectivement tirer de cette année 2019 qui s'achève qui aura vu se succéder, ici, des épisodes caniculaires à l'ampleur inédite et, là-bas, en Australie, des incendies à l'ampleur inédite et aux conséquences encore imprévisibles, autant d'indice que le changement climatique n'est pas une hypothèse scientifique mais une réalité concrète pour nos territoires qui doit être anticipé pour en atténuer les effets pour nos sociétés et nos modes de vie.

La première responsabilité des pouvoirs publics est de mettre en place les conditions de l'adaptation de notre territoire à la nouvelle donne climatique en faisant de notre territoire à la fois un territoire plus sobre mais également un territoire plus résistant, plus résiliant face aux conséquences des bouleversements climatiques qui font déjà ressentir leurs effets. Les services de l'Etat sont pleinement mobilisés dans l'accompagnement des territoires dans cette transition. Je pense à la concrétisation après plus d'un an de travail du plan de renaturation des berges de l'Yerres, illustration de notre volonté partagée d'adapter les logiques d'aménagement de l'espace à des crues dont la fréquence et l'ampleur sont appelées à s'amplifier dans les années à venir. Je pense au soutien apporté à travers les dotations de l'Etat aux collectivités à leurs investissements en faveur de la transition énergétique ou au développement des mobilités douces dans le cadre du plan vélo.

Si la transition énergétique nécessite une remise en question fondamentale des choix d'investissement et de développement économique, nous devons collectivement garder à l'esprit qu'autant une contrainte elle constitue pour notre territoire et pour nos concitoyens une formidable opportunité en termes de développement économique. Je pense ainsi au contrat de transition écologique élaboré au cours des derniers mois de l'année 2019 au sein du territoire 12 qui permet de poser les cadres non seulement de la mobilisation des acteurs publics en faveur du développement durable mais également de la mise en mouvement du secteur privé qui s'empare aujourd'hui de cet enjeu pour en faire un levier nouveau de croissance.

Nécessité écologique, opportunité économique, la transition énergétique doit également devenir un outil au service de la cohésion sociale, notamment dans un territoire marqué comme le nôtre par sa sociologie ouvrière et populaire. Il n'y aura pas de transition écologique réussie si les populations les plus fragiles ont le sentiment d'en supporter toutes les charges et d'en payer le prix. Là aussi, le Val-de-Marne peut s'appuyer sur une expérience ancienne et reconnue lui qui plus qu'ailleurs en Île de France a développé depuis plusieurs dizaines d'années le recours, par exemple, à la géothermie pour assurer un chauffage urbain meilleur marché et plus respectueux de nos ressources. Nous devrons, demain, encore amplifier ces efforts en améliorant, par exemple, nos outils de lutte contre la précarité énergétique dans le logement qu'il soit collectif ou individuel.

Seconde transformation majeure que doit affronter notre territoire, celle de la dynamique métropolitaine dont les effets se font aujourd'hui pleinement sentir sous l'impulsion de la progression des chantiers liés aux nouveaux réseaux de transport qui rapprochent du cœur de la métropole des territoires jusqu'alors trop éloignés et de la dynamique liée à la concrétisation des grandes opérations d'aménagement portées par l'Etat et les collectivités du département. Nouveaux habitants, nouveaux projets structurants, nouvelles activités, simplification de la vie quotidienne par le raccourcissement des temps de transports, cette dynamique est riche d'opportunités pour notre territoire. Cette transformation d'ampleur inquiète cependant et nous devons collectivement être particulièrement vigilants à ce que cette dynamique soit mise au service de notre territoire et de ses habitants et non simplement subie.

Le premier enjeu pour notre territoire face à cette dynamique est, à mon sens, son équilibre. Équilibre fonctionnel d'abord tant les chantiers liés au Grand Paris et notamment les opérations d'intérêt national constituent non seulement à l'échelle du Val-de-Marne mais également à celle de la région une occasion unique de contribuer au rééquilibrage est/ouest de l'Île-de-France en promouvant un développement équilibré du logement et de l'activité. Équilibre social, ensuite, pour que nous construisions ensemble les conditions du maintien d’une réelle mixité de nos territoires et évitions que la dynamique que nous observons aujourd’hui ne vienne repousser toujours plus loin du centre de la métropole, de ses emplois et de ses services publics les populations les plus fragiles.

Second point de vigilance face aux enjeux de développement, notre capacité collective à faire en sorte qu’ils profitent à l’ensemble de nos concitoyens et qu’il n’y ait pas de territoire oublié de la dynamique métropolitaine. C’est pourquoi l’État s’engage résolument aux côtés des collectivités territoriales du département pour poursuivre la dynamique engagée dans le cadre de la rénovation urbaine des quartiers populaires. Après une année 2019 consacrée à la finalisation des protocoles sur la quasi totalité des territoires concernés par un projet d’intérêt national ou régional, l’année 2020 doit être celle de la mise en œuvre concrète de ces projets. C’est également forts de cette préoccupation que les services de l’État poursuivront en 2020 avec des moyens renforcés le déploiement du plan départemental de lutte contre l’habitat indigne afin de mieux appuyer les collectivités confrontées au développement de ce phénomène. L’exemple de la stratégie développée à Villeneuve-Saint-Georges où nous déployons l’ensemble des outils à la disposition des pouvoirs publics en combinant opérations de rénovation des quartiers anciens dégradés, action administrative appuyée sur les outils offerts par la loi ELAN et mobilisation résolue de la chaîne pénale constitue un bon exemple de ce à quoi peuvent arriver l’ensemble des pouvoirs publics quand ils mobilisent pleinement leurs moyens.

Assurer un développement équilibré de l’ensemble du territoire ne pourra se faire sans prendre en considération les habitants eux-mêmes au-delà de leur cadre de vie. C’est pourquoi il est à mon sens primordial que nous mettions collectivement en place le cadre permettant à chacun de pouvoir pleinement profiter des opportunités offertes par ces formidables transformations. Cela passe avant tout par notre capacité collective à faire en sorte que les opportunités offertes en matière d’emploi puissent profiter en priorité aux jeunes val-de-marnais et notamment aux résidents des quartiers prioritaires pour qu’ils n’assistent pas en simples spectateurs aux transformations qui touchent directement leur territoire et ce dès les chantiers. C’est là le sens des travaux engagés en lien avec le monde économique et les collectivités locales autour, notamment, des clauses d’insertion appuyées sur les marchés de travaux, qu’ils concernent les chantiers du Grand Paris Express ou ceux de la rénovation urbaine.

Une société, ce sont des valeurs, c’est une capacité à agir et à mener des projets pour répondre aux enjeux qui se posent à nous et à nos concitoyens mais ce sont avant tout et surtout des hommes et des femmes qui, chaque jour, font vivre ces projets et ces valeurs, les mettent en œuvre et les font exister, qui en un mot s’engagent. C’est à eux que je voudrais m’adresser pour conclure ces vœux pour 2019. Car sans celles et ceux qui font ce choix d’en faire un peu ou beaucoup plus, qui choisissent de donner de leur temps pour, finalement, donner une expression concrète à la belle valeur de fraternité qui orne le fronton de nos écoles, toutes les politiques publiques, les contrats, les plans, les processus que nous nous efforçons de déployer manqueraient de ce supplément d’âme et d’énergie qui est le seul à même de leur donner un véritable effet.

Je pense, d’abord, au monde associatif qui montre chaque jour sa vitalité et son engagement au service de nos concitoyens. Les associations, ce sont près de 20 000 structures dans notre département qui fédèrent près de 200 000 bénévoles.

Je voudrais, évidemment, saluer ici les grands réseaux qui sont de véritables partenaires des pouvoirs publics dans leurs actions en faveur notamment des plus fragiles de nos concitoyens que ce soit dans l’accompagnement des personnes à la rue pour leur fournir un secours immédiat ou les accompagner dans leur parcours de réinsertion vers le logement, dans le secours aux personnes et aux populations en cas d’événement de sécurité civile, j’en parlais récemment avec les responsables de l’ADPC 94 ou encore dans l’accompagnement dans leur reconstruction des femmes victimes de violences conjugales.

Mais au-delà de ces grands réseaux je voudrais ce soir souligner le rôle fondamental pour la vitalité de notre société joué par les petites associations, par les structures de proximité qui font vivre chaque jour dans nos quartiers le lien social. S’appuyant sur de petites équipes de bénévoles, elles sont dans certains territoires les seules incarnations de la solidarité et je voudrais les en remercier. Au-delà de ces remerciements, je voudrais les assurer du plein soutien des services de l’État pour les accompagner dans leur structuration et leur faciliter l’accès aux financements publics en réduisant les procédures et en leur donnant des perspectives sur plusieurs années pour sortir de la course épuisante aux appels à projets.

Simplifier la vie des associations, c’est aussi construire le cadre qui permette à ceux qui veulent s’engager, et notamment les plus jeunes, de le faire. Le service civique offre déjà un cadre qui permet chaque à année à plus de 1 200 jeunes val de marnais d’effectuer une mission d’intérêt général. En 2020 le département verra se déployer le service national universel qui offrira aux jeunes qui le désirent un nouveau cadre alliant parcours citoyen et cadre d’engagement en faveur de l’intérêt général.

Si l’engagement associatif est le premier cadre d’engagement dans notre société, je voudrais profiter de cette cérémonie pour saluer la mobilisation de l’ensemble de la société au service de la cohésion sociale et notamment l’implication du monde économique.

Il est impossible aujourd’hui de réduire une entreprise à son seul objet social et j’observe chaque jour depuis ma prise de fonction dans le département, au cours de mes visites où à l’occasion des rencontres organisées par la CCI Chambres de commerce et d'industrie ou par les clubs d’entreprise du département la volonté des chefs d’entreprise du territoire de s’impliquer au service de leur cité au-delà de leur simple activité économique.

Cela passe, par exemple, par l’accueil au sein de leurs structures de jeunes en apprentissage ou par l’effort fait en faveur du recrutement de jeunes issus des quartiers de la politique de la ville ou de réfugiés dont l’insertion professionnelle est la condition sine qua non pour une réelle intégration dans notre société. Certes, les pouvoirs publics mettent en place des dispositifs incitatifs et des cadres permettant de faciliter ce type de démarches mais je sais qu’elles ne seraient pas possibles sans l’engagement résolu et sincère des chefs d’entreprise du territoire et je voulais les en remercier.

Parlant d’engagement, de République, de projets et de transformation du territoire, je ne peux terminer cette cérémonie de vœux sans avoir un mot particulier pour les élus locaux et plus particulièrement pour les élus municipaux qui ont rendez-vous dans deux mois avec le suffrage à l’occasion de cette grande échéance démocratique que seront les élections municipales.

Premiers témoins des évolutions de notre société, derniers recours de nos concitoyens, premiers acteurs des mutations de leur territoire, premiers partenaires des pouvoirs publics, les maires et avec eux les équipes municipales sont, finalement, toujours en première ligne. Contestés quand ils en font trop, soupçonnés de ne jamais en faire assez, on les décrit parfois comme épuisés, lassés, tentés de jeter l’éponge.

Mais je voudrais profiter de cette cérémonie pour dire que si j’ai parfois rencontré des élus fatigués je n’en ai jamais connu, dans le Val-de-Marne peut être moins qu’ailleurs, qui soient résignés ou résolus à abandonner leurs combats. Au moment où notre démocratie s’interroge, je voudrais souligner la place fondamentale qu’occupent les maires dans la vitalité de note vie publique.

A ceux qui cesseront leurs fonctions soit par choix personnel soit du fait du résultat, toujours un peu injuste mais toujours fondamentalement légitime, des urnes, je voudrais dire ma profonde reconnaissance pour le travail accompli dans des conditions dont peu connaissent la difficulté et le prix en termes d’engagement personnel. À ceux qui se verront confier de nouvelles fonctions je voudrais formuler mes vœux de réussite les plus sincères dans le mandat que leurs concitoyens auront fait le choix de leur donner.

Je terminerai ce discours avant de vous inviter à partager le verre de l’amitié en réitérant à chacun d’entre vous mes vœux pour cette année nouvelle et en vous disant l’entière mobilisation des services de l’État à vos côtés. Cette mobilisation sera entière, elle se construira, je vous en donne l’assurance, dans l’écoute, le dialogue et le partenariat afin que nous construisions ensemble les conditions de la réussite des projets structurants pour notre territoire.